
- Philippe De Santis De la truffe noire au menu cet été - Var-Matin - Mozilla Firefox.jpg (205.69 Kio) Consulté 4106 fois
Le gérant du domaine de Majastre à Bauduen, figure incontournable de la trufficulture varoise, dresse le bilan d’une saison raccourcie par la crise sanitaire. Et évoque les perspectives
Du domaine de Majastre, dont il est le gérant, Philipe de Santis ne peut que constater les dégâts. Le gaillard est l’une des figures emblématique de la trufficulture dans le Var. Plongé en pleine crise sanitaire du Covid-19, le marché du diamant noir souffre. Et « on ne va pas vers du mieux », prédit le bonhomme. Rencontre.
Comment s’est déroulée la saison ?
C’est une saison qui était déjà un peu particulière. Les truffes étaient de très bonne qualité. Exceptionnelle même. Mais elles n’étaient pas nombreuses. Il y en avait tout de même assez pour répondre à la demande, mais l’actualité ne nous a pas été favorable.
C’est-à-dire ?
Il y a eu le mouvement social contre la réforme des retraites par exemple. Cet hiver, le cœur n’était pas à la fête. Cela a impacté les ventes de ce produit de luxe. Tout un contexte auquel s’est ajouté le Coronavirus. C’est d’ailleurs cette crise sanitaire qui a mis fin à la saison, puisque le marché aux truffes d’Aups a été fermé deux semaines plus tôt que prévu.
Quels sont les autres impacts de l’épidémie de Covid-19 ?
La fermeture des restaurants, surtout. Ils représentent au moins 50 % de notre clientèle. Du coup, beaucoup de truffes ramassées n’ont pas été vendues. Personne n’en avait besoin.
Au final, quel bilan pour la saison ?
Une petite saison. On a vendu normalement, tranquillement. Commercialement, ça n’a pas été top. Dommage, parce que la qualité, encore une fois, était au rendez-vous : pas de gel, une évolution saine, de la pluie comme il faut… Ceux qui ont dégusté des truffes se sont régalés !
Que vont devenir les invendus ?
Il n’y en a pas énormément, on a quand même bien vendu. Mais c’est vrai que pour les dernières, on les a brossées et mises au congélateur. On les servira cet été si on peut rouvrir…
Pas de truffes d’été ?
Si ! Normalement, on fait manger les truffes d’été en été, et les truffes d’hiver en hiver. Mais là, dans nos menus, on pourra avoir du blanc comme du noir !
C’est un problème ?
Avant, les restaurateurs achetaient des truffes noires même en juillet et août. Mais nous avons fait la promotion des truffes d’été pour proposer des produits de saison, et ça a marché, ils préfèrent la blanche en été. Du coup, même si la congélation est faite dans les règles de l’art, peu de truffes noires sont vendues hors saison hivernale.
Comment envisagez-vous cette saison estivale ?
Les Français vont rester en France, il faut espérer qu’ils mangent les produits des régions, du terroir. On leur fera manger des truffes !
Et la saison prochaine ?
Il faudrait qu’il y ait des truffes. Pour le moment, ça ne se présente pas mal. Mais il faut passer l’été. Et il y a l’impact économique qu’il faudra encaisser.
Que voulez-vous dire ?
Je pense que 50 % des petits restaurateurs vont mettre la clef sous la porte. Si l’été, ils ne peuvent pas ouvrir ou s’ils n’ont pas suffisamment de clients, ça va être dur. Ils ont été impactés plusieurs fois cette année. Là, la crise sanitaire, ça les a finis complètement. Et ce sont mes clients !
Et les particuliers ?
Les particuliers, ils ont autre chose à acheter que des truffes. C’est un produit de luxe, pas un produit de première nécessité. Et il y a tellement d’incertitudes… La crise sanitaire est énorme, mais la crise économique sera au moins aussi dure.
Du coup, la saison prochaine, vous ne comptez pas trop dessus…
Ce serait presque dommage qu’il y ait une grosse saison de truffe. Si ça arrivait, à qui va-t-on les vendre ? On trouvera des solutions, on ne va pas les jeter, mais ce serait frustrant.
Ce n’est pas très engageant…
C’est par le travail qu’on s’en sortira. Il faut continuer à bien travailler, sortir de bons produits. La vie va reprendre, et on va revendre. Il ne faut pas perdre le goût de la truffe, quitte à pratiquer des prix plus abordables.
Le chiffre
1 200 € C’est, au kilo, le plus haut prix du marché de gros atteint cette saison par les truffes noires. Et 900 € pour le prix le plus bas. Ce sont des prix élevés par rapport aux saisons “normales”, qui tournent en moyenne à 800 €. La faible quantité, et la qualité « exceptionnelle » de la récolte expliquant ce prix.
Source: Var Matin